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Mercredi 28 mars 2007
 

Poème écrit suite à l'éruption du volcan Tambora, en 1815, en Indonésie

 

I had a dream, which was not all a dream.

The bright sun was extinguish'd, and the stars

Did wander darkling in the eternal space,

Rayless, and pathless, and the icy earth

Swung blind and blackening in the moonless air ;

Morn came and went – and came, and brought no day,

And men forgot their passions in the dread

Of this their desolation ; and all hearts

Were chill'd into a selfish prayer for light :

And they did live by watchfires – and the thrones,

The palaces of crowned kings – the huts,

The habitations of all things which dwell,

Were burnt for beacons ; cities were consum'd,

And men were gather'd round their blazing homes

To look once more into each other's face ;

Happy were those who dwelt within the eye

Of the volcanos, and their mountain-torch :

A fearful hope was all the world contain'd ;

Forests were set on fire – but hour by hour

They fell and faded – and the crackling trunks

Extinguish'd with a crash – and all was black.

The brows of men by the despairing light

Wore an unearthly aspect, as by fits

The flashes fell upon them ; some lay down

And hid their eyes and wept ; and some did rest

Their chins upon their clenched hands, and smil'd ;

And others hurried to and fro, and fed

Their funeral piles with fuel, and look'd up

With mad disquietude on the dull sky,

The pall of a past world ; and then again

With curses cast them down upon the dust,

And gnash'd their teeth and howl'd : the wild birds shriek'd

And, terrified, did flutter on the ground,

And flap their useless wings ; the wildest brutes

Came tame and tremulous ; and vipers crawl'd

And twin'd themselves among the multitude,

Hissing, but stingless – they were slain for food.

And War, which for a moment was no more,

Did glut himself again : a meal was bought

With blood, and each sate sullenly apart

Gorging himself in gloom : no love was left ;

All earth was but one thought – and that was death

Immediate and inglorious ; and the pang

Of famine fed upon all entrails – men

Died, and their bones were tombless as their flesh ;

The meagre by the meagre were devour'd,

Even dogs assail'd their masters, all save one,

And he was faithful to a corse, and kept

The birds and beasts and famish'd men at bay,

Till hunger clung them, or the dropping dead

Lur'd their lank jaws ; himself sought out no food,

But with a piteous and perpetual moan,

And a quick desolate cry, licking the hand

Which answer'd not with a caress – he died.

The crowd was famish'd by degrees ; but two

Of an enormous city did survive,

And they were enemies : they met beside

The dying embers of an altar-place

Where had been heap'd a mass of holy things

For an unholy usage ; they rak'd up,

And shivering scrap'd with their cold skeleton hands

The feeble ashes, and their feeble breath

Blew for a little life, and made a flame

Which was a mockery ; then they lifted up

Their eyes as it grew lighter, and beheld

Each other's aspects – saw, and shriek'd, and died –

Even of their mutual hideousness they died,

Unknowing who he was upon whose brow

Famine had written Fiend. The world was void,

The populous and the powerful was a lump,

Seasonless, herbless, treeless, manless, lifeless –

A lump of death – a chaos of hard clay.

The rivers, lakes and ocean all stood still,

And nothing stirr'd within their silent depths ;

Ships sailorless lay rotting on the sea,

And their masts fell down piecemeal : as they dropp'd

They slept on the abyss without a surge –

The waves were dead ; the tides were in their grave,

The moon, their mistress, had expir'd before ;

The winds were wither'd in the stagnant air,

And the clouds perish'd ; Darkness had no need

Of aid from them – She was the Universe.

 

LORD GEORGE BYRON

Diodati, July, 1816

 

Les ténèbres

 

J’eus un rêve qui n’était pas tout à fait un rêve. Le soleil s’était éteint, et les astres privés de lumière erraient au hasard à travers l’immensité de l’espace. La terre glacée et comme aveugle se balançait dans une atmosphère ténébreuse que n’éclairait plus la clarté de la lune. Le matin arriva, s’écoula, revint encore, mais il n’amenait plus le jour.

Dans cette désolation affreuse, les hommes oublièrent leurs passions. Tous les coeurs glacés d’effroi ne soupiraient qu’après la lumière. On allumait de grands feux, et l’on y passait tous ses intants. Les trônes, les palais des rois, les chaumières, les huttes du pauvre, tout fut brûlé pour servir de signaux. Les cités furent consumées, et les habitants, rassemblés autour de leurs demeures enflammées, cherchaient à se regarder encore une fois. Heureux ceux qui vivaient auprès des volcans et des montagnes brûlantes.

Une espérance mêlée de terreur; tel était le sentiment universel. On mit le feu aux forêts; mais d’heure en heure elles se réduisaient en cendres. Les troncs d’arbres tombaient avec un dernier craquement, s’éteignaient et tout rentrait dans une obscurité profonde. Le front des humains éclairé par ces flammes mourantes avait un aspect étrange. Les uns étaient prosternés, cachaient leurs yeux et répandaient des pleurs; les autres reposaient leurs têtes sur les mains jointes, et s’efforçaient de sourire; ceux-ci couraient çà et là, cherchant de quoi entretenir leurs bûchers funèbres. Ils regardaient avec une sombre inquiétude le firmament obscurci qui semblait un drap mortuaire jeté sur le cadavre du monde; puis ils se roulaient dans la poussière, grinçaient des dents, blasphémaient et poussaient des hurlements.

Les oiseaux de proie faisaient entendre des cris lugubres, et voltigeaient sur la terre en agitant leurs ailes inutiles. Les bêtes les plus féroces devenaient timides et tremblantes. Les vipères rampaient et s’entrelaçaient au milieu de la foule; elles sifflaient, mais leur venin était sans force; on les tua pour s’en nourrir.

La guerre qui avait un moment cessé, renaquit avec toutes ses horreurs. On acheta sa nourriture avec du sang, et chacun, assis à l’écart, se repaissait de sa proie. L’amour n’existait plus; il n’y avait plus qu’une pensée sur la terre, celle de la mort... et d’une mort prochaine et sans gloire. La faim, de sa dent cruelle, déchirait les entrailles. Les hommes mouraient, et leurs corps gisaient privés de sépulture. Des cadavres ambulants dévoraient les cadavres qui avaient vécu. Les chiens eux-mêmes assaillirent leurs maîtres, un seul excepté qui demeura fidèle au corps du sien et le défendit contre les oiseaux, les animaux et les hommes, jusqu’à ce que la faim les eût fait périr. Il ne chercha pas sa nourriture, mais léchant la main qui ne pouvait plus lui rendre ses caresses, il poussait des cris lamentables et continuels, et il mourut enfin.

La famine fit périr peu à peu tout le genre humain. Deux habitants d’une grande cité survécurent seuls : c’étaient deux ennemis. Ils se rencontrèrent auprès d’un autel sur lequel finissaient de brûler quelques tisons qui avaient consumé une foule d’objets sacrés destinés à un usage profane. Ils agitèrent en frissonnant les cendres chaudes avec leurs mains froides et décharnées; de leur faible souffle, ils essayèrent de ranimer les charbons presque éteints, et produisirent une légère flamme. Cette lueur passagère attira leurs regards, et en levant les yeux, ils aperçurent leurs visages : à cette vue, ils poussèrent un cri et moururent de l’effroi de leur laideur mutuelle, ne sachant lequel des deux la famine avait réduit à l’état d’un spectre.

Le monde n’était plus qu’un grand vide; la réunion des contrées populeuses et florissantes ne fut plus qu’une masse, sans saisons, sans verdure, sans arbres, sans hommes, sans vie, empire de la mort, chaos de la matière. Les rivières, les lacs, l’océan demeurèrent immobiles; rien ne troubla le silence de leurs profondeurs. Les navires sans matelots pourrirent sur la mer; leurs mâts tombèrent en pièces, mais sans faire rejaillir l’onde par leur chute. Les vagues étaient mortes; elles étaient comme ensevelies dans un tombeau; la lune qui les agitait autrefois avait cessé d’être. Les vents s’étaient flétris dans l’air stagnant, les nuages s’étaient évanouis; les ténèbres n’avaient plus besoin de leur secours, elles étaient tout l’univers.

Par dominique - Publié dans : Byron, Lord George
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Lundi 26 mars 2007


Le texte intégral du livre "le tour de la France par deux enfants" par G.BRUNO, c'est ici !

Par dominique - Publié dans : Bruno, G.
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Dimanche 25 mars 2007

 

Horloge ! Dieu sinistre, effrayant, impassible,

Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !

Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi

Se planteront bientôt comme dans une cible ;

 

Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon

Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;

Chaque instant te dévore un morceau du délice

A chaque homme accordé pour toute sa saison,

 

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde

Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix

D’insecte, Maintenant dit : je suis Autrefois,

Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

 

Remember ! Souviens-toi ! Prodigue ! Esto memor !

(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues

Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

 

Souviens-toi que le temps est un joueur avide

Qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi,

Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi !

Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

 

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,

Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),

Où tout dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"

 

Charles Baudelaire (Les fleurs du mal)

Par dominique - Publié dans : Baudelaire, Charles
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Jeudi 22 mars 2007

 

Il est des jours - avez-vous remarqué ? -

Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau,

Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai

Que la même gaieté d'un damoiseau.

 

L'on se souvient sans bien se rappeler…

Évidemment l'on rêve, et non, pourtant.

L'on semble nager et l'on croirait voler.

L'on aime ardemment sans amour cependant

 

Tant est léger le coeur sous le ciel clair

Et tant l'on va, sûr de soi, plein de foi

Dans les autres, que l'on trompe avec l'air

D'être plutôt trompé gentiment, soi.

 

La vie est bonne et l'on voudrait mourir,

Bien que n'ayant pas peur du lendemain,

Un désir indécis s'en vient fleurir,

Dirait-on, au coeur plus et moins qu'humain.

 

Hélas ! faut-il que meure ce bonheur ?

Meurent plutôt la vie et son tourment !

Ô dieux cléments, gardez-moi du malheur

D'à jamais perdre un moment si charmant.

 

Paul Verlaine.

Par dominique - Publié dans : Verlaine, Paul
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Vendredi 16 mars 2007

J'ai salué le jour dès avant mon réveil ;

Il colorait déjà ma pesante paupière,

Et je dormais encor, mais sa rougeur première

A visité mon âme à travers le sommeil.

 

Pendant que je gisais immobile, pareil

Aux morts sereins sculptés sur les tombeaux de pierre,

Sous mon front se levaient des pensers de lumière,

Et, sans ouvrir les yeux, j'étais plein de soleil.

 

Le frais et pur salut des oiseaux à l'aurore,

Confusément perçu, rendait mon coeur sonore,

Et j'étais embaumé d'invisibles lilas.

 

Hors du néant, mais loin des secousses du monde,

Un moment j'ai connu cette douceur profonde

De vivre sans dormir tout en ne veillant pas.

 

René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907)

Les épreuves

 

René-François SULLY PRUDHOMME est né le 16 mars 1839

Par dominique - Publié dans : Sully Prudhomme, René-François
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Mercredi 14 mars 2007

« Il y a aujourd'hui trois cent quarante-huit ans six mois et dix-neuf jours que les parisiens s'éveillèrent au bruit de toutes les cloches sonnant à grande volée dans la triple enceinte de la Cité, de l'Université et de la Ville.


Ce n'est cependant pas un jour dont l'histoire ait gardé souvenir que le 6 janvier 1482. Rien de notable dans l'événement qui mettait ainsi en branle, dès le matin, les cloches et les bourgeois de Paris. Ce n'était ni un assaut de picards ou de bourguignons, ni une châsse menée en procession, ni une révolte d'écoliers dans la vigne de Laas, ni une entrée de notre dit très redouté seigneur monsieur le roi, ni même une belle pendaison de larrons et de larronnesses à la Justice de Paris. Ce n'était pas non plus la survenue, si fréquente au quinzième siècle, de quelque ambassade chamarrée et empanachée. Il y avait à peine deux jours que la dernière cavalcade de ce genre, celle des ambassadeurs flamands chargés de conclure le mariage entre le dauphin et Marguerite de Flandre, avait fait son entrée à Paris, au grand ennui de Monsieur le cardinal de Bourbon, qui, pour plaire au roi, avait dû faire bonne mine à toute cette rustique cohue de bourgmestres flamands, et les régaler, en son hôtel de Bourbon, d'une moult belle moralité, sotie et farce, tandis qu'une pluie battante inondait à sa porte ses magnifiques tapisseries.


Le 6 janvier, ce qui mettait en émotion tout le populaire de Paris, comme dit Jehan de Troyes, c'était la double solennité, réunie depuis un temps immémorial, du jour des Rois et de la Fête des Fous.


Ce jour-là, il devait y avoir feu de joie à la Grève, plantation de mai à la chapelle de Braque et mystère au Palais de Justice. Le cri en avait été fait la veille à son de trompe dans les carrefours, par les gens de Monsieur le prévôt, en beaux hoquetons de camelot violet, avec de grandes croix blanches sur la poitrine.




La foule des bourgeois et des bourgeoises s'acheminait donc de toutes parts dès le matin, maisons et boutiques fermées, vers l'un des trois endroits désignés. Chacun avait pris parti, qui pour le feu de joie, qui pour le mai, qui pour le mystère. Il faut dire, à l'éloge de l'antique bon sens des badauds de Paris, que la plus grande partie de cette foule se dirigeait vers le feu de joie, lequel était tout à fait de saison, ou vers le mystère, qui devait être représenté dans la grand'salle du Palais bien couverte et bien close, et que les curieux s'accordaient à laisser le pauvre mai mal fleuri grelotter tout seul sous le ciel de janvier dans le cimetière de la chapelle de Braque.

Le peuple affluait surtout dans les avenues du Palais de Justice, parce qu'on savait que les ambassadeurs flamands, arrivés de la surveille, se proposaient d'assister à la représentation du mystère et à l'élection du pape des fous, laquelle devait se faire également dans la grand'salle. [...] »

Victor Hugo

Notre Dame de Paris (LIVRE PREMIER, chapitre I)

 



A 29 ans, le 15 mars 1831, Victor Hugo publie son premier roman historique, "Notre-Dame de Paris". Dès sa sortie en librairie, l'ouvrage connaît un très grand succès. Le public romantique amateur d'histoire apprécie tout particulièrement l'univers du Moyen-Âge recrée à la perfection par Hugo : Notre-Dame de Paris retrace la destinée tragique au Moyen Âge d’une jeune bohémienne, Esméralda, victime du désir qu’elle inspire à trois hommes. Convoitée par l’archidiacre Frollo, elle est enlevée sur son ordre par le sonneur de cloches difforme de Notre-Dame, Quasimodo, puis est sauvée par le beau capitaine Phoebus dont elle s’éprend. Mais Frollo, jaloux, poignarde Phoebus, et n’intervient pas lorsque Esméralda est accusée de ce meurtre. Elle est emprisonnée, puis délivrée, cette fois, par Quasimodo, épris d’elle, qui l’entraîne au sein de l’inviolable cathédrale. Les truands de la Cour des Miracles, inquiets de sa disparition, assaillent l’édifice, et livrent, sans s’en douter, Esméralda à son pire ennemi, Frollo. Arrêtée, la jeune fille sera pendue sous l’œil cynique de ce dernier. Quasimodo, enfin édifié sur son « bienfaiteur » Frollo, le précipite du haut des tours de Notre-Dame, et se laisse ensuite mourir dans les bras d’Esméralda dans le charnier où elle repose.

Par dominique - Publié dans : Hugo, Victor
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Mercredi 14 mars 2007

 

Le Carnaval s'amuse!

Viens le chanter, ma Muse,

En suivant au hasard

Le bon Ronsard!

 

Et d'abord, sur ta nuque,

En dépit de l'eunuque,

Fais flotter tes cheveux

Libres de noeuds!

 

Chante ton dithyrambe

En laissant voir ta jambe

Et ton sein arrosé

D'un feu rosé.

 

Laisse même, ô Déesse,

Avec ta blonde tresse,

Le maillot des Keller

Voler en l'air!

 

Puisque je congédie

Les vers de tragédie,

Laisse le décorum

Du blanc peplum,

 

La tunique et les voiles

Semés d'un ciel d'étoiles,

Et les manteaux épars

A Saint-Ybars!

 

Que ses vierges plaintives,

Catholiques ou juives,

Tiennent des sanhédrins

D'alexandrins!

 

Mais toi, sans autre insigne

Que la feuille de vigne

Et les souples accords

De ton beau corps,

 

Laisse ton sein de neige

Chanter tout le solfège

De ses accords pourprés,

Mieux que Duprez!

 

Ou bien, mon adorée,

Prends la veste dorée

Et le soulier verni

De Gavarni!

 

Mets ta ceinture, et plaque

Sur le velours d'un claque

Les rubans querelleurs

Jonchés de fleurs!

 

Fais, sur plus de richesses

Que n'en ont les duchesses,

Coller jusqu'au talon

Le pantalon!

 

Dans tes lèvres écloses

Mets les cris et les poses

Et les folles ardeurs

Des débardeurs!

 

Puis, sans peur ni réserve,

Réchauffant de ta verve

Le mollet engourdi

De Brididi,

 

Sur tes pas fiers et souples

Traînant cent mille couples,

Montre-leur jusqu'où va

La redowa,

 

Et dans le bal féerique,

Hurle un rythme lyrique

Dont tu feras cadeau

A Pilodo!

 

Tapez, pierrots et masques,

Sur vos tambours de basques!

Faites de vos grelots

Chanter les flots!

 

Formidables orgies,

Suivez sous les bougies

Les sax aux voix de fer

Jusqu'en enfer!

 

Sous le gaz de Labeaume,

Hurrah! suivez le heaume

Et la cuirasse d'or

De Mogador!

 

Et madame Panache,

Dont le front se harnache

De douze ou quinze bouts

De marabouts!

 

Au son de la musette

Suivez Ange et Frisette,

Et ce joli poupon,

Rose Pompon!

 

Et Blanche aux belles formes,

Dont les cheveux énormes

Ont été peints, je crois,

Par Delacroix!

 

De même que la Loire

Se promène avec gloire

Dans son grand corridor

D'argent et d'or,

 

Sa chevelure rousse

Coule, orgueilleuse et douce;

Elle épouvanterait

Une forêt.

 

Chantez, Musique et Danse!

Que le doux vin de France

Tombe dans le cristal

Oriental!

 

Pas de pudeur bégueule!

Amis! la France seule

Est l'aimable et divin

Pays du vin!

 

Laissons à l'Angleterre

Ses brouillards et sa bière!

Laissons-la dans le gin

Boire le spleen!

 

Que la pâle Ophélie,

En sa mélancolie,

Cueille dans les roseaux

Les fleurs des eaux!

 

Que, sensitive humaine,

Desdémone promène

Sous le saule pleureur

Sa triste erreur!

 

Qu'Hamlet, terrible et sombre

Sous les plaintes de l'ombre,

Dise, accablé de maux:

« Des mots! des mots! »

 

Mais nous, dans la patrie

De la galanterie,

Gardons les folles moeurs

Des gais rimeurs!

 

Fronts couronnés de lierre,

Gardons l'or de Molière,

Sans prendre le billon

De Crébillon!

 

C'est dans notre campagne

Que le pâle champagne

Sur les coteaux d'Aï

Mousse ébloui!

 

C'est sur nos tapis d'herbe

Que le soleil superbe

Pourpre, frais et brûlants,

Nos vins sanglants!

 

C'est chez nous que l'on aime

Les verres de Bohême

Qu'emplit d'or et de feu

Le sang d'un Dieu!

 

Donc, ô lèvres vermeilles,

Buvez à pleines treilles

Sur ces coteaux penchants,

Pères des chants!

 

Poésie et Musique,

Chantez l'amour physique

Et les coeurs embrasés

Par les baisers!

 

Chantons ces jeunes femmes

Dont les épithalames

Attirent vers Paris

Tous les esprits!

 

Chantons leur air bravache

Et leur corset sans tache

Dont le souple basin

Moule un beau sein;

 

Leur col qui se chiffonne

Sur leur robe de nonne,

Leurs doigts collés aux gants

Extravagants;

 

Leur chapeau dont la grâce

Pour toujours embarrasse,

Avec son air malin,

Vienne et Berlin;

 

Leurs peignoirs de barège

Et leurs jupes de neige

Plus blanches que les lys

D'Amaryllis;

 

Leurs épaules glacées,

Leurs bottines lacées

Et leurs jupons tremblants

Sur leurs bas blancs!

 

Chantons leur courtoisie!

Car ni l'Andalousie,

Ni Venise, les yeux

Dans ses flots bleus,

 

Ni la belle Florence

Où, dans sa transparence,

L'Arno prend les reflets

De cent palais,

 

Ni l'odorante Asie,

Qui, dans sa fantaisie,

Tient d'un doigt effilé

Le narghilé,

 

Ni l'Allemagne blonde

Qui, sur le bord de l'onde,

Ceint des vignes du Rhin

Son front serein,

 

N'ont dans leurs rêveries

Vu ces lèvres fleuries,

Ces croupes de coursier,

Ces bras d'acier,

 

Ces dents de bête fauve,

Ces bras faits pour l'alcôve,

Ces grands ongles couleur

De rose en fleur,

 

Et ces amours de race

Qu'Anacréon, Horace

Et Marot enchantés,

Eussent chantés!

 

Théodore de Banville (1823-1891)

ODES FUNAMBULESQUES (Janvier 1846)

Par dominique - Publié dans : Banville, Théodore de
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Dimanche 11 mars 2007

Mélancolie, Mélancolie

Quel joli nom pour une jeune fille

Neurasthénie, Neurasthénie

Quel vilain nom pour une vieille fille

 

Je cherche un nom pour un garçon

Un nom d'emprunt, un nom de guerre

Pour la prochaine et la dernière

Pour la dernière des dernières

 

Espoir ou peut être Agénior

Ou singulier ou Dominique

Un nom à coucher dehors

Au temps des bombes atomiques.

 

Philippe SOUPAULT

Par dominique - Publié dans : Soupault, Philippe
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Dimanche 4 mars 2007


Ah! bon Guieu qu'des affich's su' les portes des granges!

C'est don' qu'y a 'cor queuqu' baladin an'hui dimanche

Qui dans' su' des cordieaux au bieau mitan d'la place?

Non, c'est point ça!... C'tantoût on vote à la mairie

Et les grands mots qui flût'nt su' l'dous du vent qui passe:

Dévouement!... Intérêts!... République!... Patrie!...

C'est l'Peup' souv'rain qui lit les affich's et les r'lit...

 

(Les vach's, les moutons,

Les oué's, les dindons

S'en vont aux champs, ni pus ni moins qu'tous les aut's jours

En fientant d'loin en loin l' long des affich's du bourg.)

 

Les électeurs s'en vont aux urn's en s'rengorgeant,

" En route!... Allons voter!... Cré bon Guieu! Les bounn's gens!...

C'est nous qu'je t'nons à c't'heur' les massins d'la charrue,

J'allons la faire aller à dia ou ben à hue!

Pas d'abstentions!... C'est vous idé's qui vous appellent...

Profitez de c'que j'ons l'suffrage univarsel ! "

 

 (Les vach's, les moutons,

Les oué's, les dindons

Pàtur'nt dans les chaum's d'orge à bell's goulé's tranquilles

Sans s'ment songer qu'i's sont privés d'leu's drouéts civils.)

 

Y a M'sieu Chouse et y a M'sieu Machin coumm' candidat.

Les électeurs ont pas les mêm's par's de leunettes:

- Moué, j'vot'rai pour c'ti-là!... Ben, moué, j'y vot'rai pas!...

C'est eun' foutu crapul'!... C'est un gas qu'est hounnéte!...

C'est un partageux!... C'est un cocu!... C'est pas vrai!...

On dit qu'i fait él'ver son goss' cheu les curés!...

C'est un blanc!... C'est un roug'!... - qu'i's dis'nt les électeurs:

Les aveug'els chamaill'nt à propos des couleurs.

 

 (Les vach's, les moutons,

Les oué's, les dindons

S'fout'nt un peu qu'leu' gardeux ait nom Paul ou nom Pierre,

Qu'i' souét nouer coumme eun' taupe ou rouquin coumm' carotte

l's breum'nt, i's bél'nt, i's glouss'nt tout coumm' les gens ' qui votent

Mais i's sav'nt pas c'que c'est qu'gueuler: " Viv' Môssieu l'maire! " )

 

C'est un tel qu'est élu!... Les électeurs vont bouére

D'aucuns coumme à la nec', d'aut's coumme à l'entarr'ment,

Et l'souér el' Peup' souv'rain s'en r'tourne en brancillant...

Y a du vent ! Y a du vent qui fait tomber les pouéres!

 

(Les vach's, les moutons,

Les oué's, les dindons

Prenn'nt saoûlé' d'harb's et d'grains tous les jours de la s'maine

Et i's s'mett'nt pas à chouér pasqu'i's ont la pans' pleine.)

 

Les élections sont tarminé's, coumm' qui dirait

Que v'là les couvraill's fait's et qu'on attend mouésson...

Faut qu'les électeurs tir'nt écus blancs et jaunets.

Pour les porter au parcepteur de leu' canton;

Les p'tits ruissieaux vont s'pard' dans l'grand fleuv' du Budget

Oùsque les malins péch'nt, oùsque navigu'nt les grous.

Les électeurs font leu's courvé's, cass'nt des cailloux

Su'la route oùsqu' leu's r'présentants pass'nt en carrosses

Avec des ch'vaux qui s'font un plaisi' - les sal's rosses! -

De s'mer des crott's à m'sur' que l'Peup' souv'rain balaie...

 

(Les vach's, les moutons,

Les oué's, les dindons

S'laiss'nt dépouiller d'leu's oeufs, de leu' laine et d'leu' lait

Aussi ben qu's'i's -z- avin pris part aux élections.)

 

Boum!... V'là la guerr'!... V'là les tambours qui cougn'nt la charge...

Portant drapieau, les électeurs avec leu's gâs

Vont terper les champs d'blé oùsqu'i'is mouéssounn'ront pas.

- Feu! - qu'on leu' dit - Et i's font feu! - En avant Arche!-

Et tant qu'i's peuv'nt aller, i's march'nt, i's march'nt, i's marchent...

...Les grous canons dégueul'ent c'qu'on leu' pouss' dans l'pansier,

Les ball's tomb'nt coumm' des peurn's quand l'vent s'cou' les peurgniers

Les morts s'entass'nt et, sous eux, l'sang coul' coumm' du vin

Quand troués, quat' pougn's solid's, sarr'nt la vis au persoué

V'là du pâté!... V'là du pâté de peup' souv'rain!

 

 (Les vach's, les moutons,

Les oué's, les -dindons

Pour le compte au farmier se laiss'nt querver la pieau

Tout bounnment, mon guieu!... sans tambour ni drapieau.)

 

...Et v'là!... Pourtant les bét's se laiss'nt pas fer' des foués!

Des coups, l' tauzieau encorne el' saigneux d'l'abattoué.

. Mais les pauv's électeurs sont pas des bét's coumm's d'aut'es

Quand l'temps est à l'orage et l'vent à la révolte...

 

I's votent!...

 

Gaston Couté

Des chemins de terre aux pavés de Paris

Editions « les dossiers d’Aquitaine »

Par dominique - Publié dans : Couté, Gaston
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Dimanche 4 mars 2007


Voici trois ans qu'est morte ma grand'mère,

La bonne femme, - et, quand on l'enterra,

Parents, amis, tout le monde pleura

D'une douleur bien vraie et bien amère.

 

Moi seul j'errais dans la maison, surpris

Plus que chagrin ; et, comme j'étais proche

De son cercueil, - quelqu'un me fit reproche

De voir cela sans larmes et sans cris.

 

Douleur bruyante est bien vite passée :

Depuis trois ans, d'autres émotions,

Des biens, des maux, - des révolutions, -

Ont dans les murs sa mémoire effacée.

 

Moi seul j'y songe, et la pleure souvent ;

Depuis trois ans, par le temps prenant force,

Ainsi qu'un nom gravé dans une écorce,

Son souvenir se creuse plus avant !

 

Gérard de NERVAL (1808-1855)

(Recueil : Odelettes)

Par dominique - Publié dans : Nerval, Gérard de
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