la saison nouvelle,
J'ai le c?ur gai et plein d'entrain
Quand c'est le moment de Pâques;
Alors je veux faire un triboudel
Car j'aime fort l'agitation,
Le bruit, les festivités et l'allégresse;
Quand je suis dans un château
Plein de joie et d'animation,
Je veux bien y rester nuit et jour.
Dieu confonde le musard
Qui n'aime pas la joie et l'allégresse !
outes les joies me plaisent,
Et d'entendre le flûteau
Résonner avec le tambour;
Les demoiselles et les jeunes gens
Chantent et mènent grande allégresse;
Chacun porte une couronne de fleurs;
Et verdure et rameaux
Et le doux chant des oiseaux
me remettent en grande liesse.
Triboudaine et triboudel !
Je suis plus heureux, par saint Marcel,
Que tel possesseur de château ou de tour.
elui qui broche bien son jeune coursier
Et tient son écu sur le bras, prêt
Pour commencer la bataille,
Et met sa lance en pièces,
Pour mieux triompher à la joute,
Va se mesurer au meilleur;
Celui-là doit bien avoir un joyau
D'une belle dame et son anneau,
Et, par galanterie son amour.
Triboudaine et triboudel !
Pour la belle aux cheveux d'or
Qui a de si fraîches couleurs
el amasse en un monceau
Mille marcs et fais un gros paquet,
Qui vit dans le déshonneur;
Jamais il n'en tirera un bon maoceau
Et les diables auront sa peau;
Son corps et son âme pour l'éternité.
Pour cela, je veux dépenser vite et gaiement
Jusqu'à mon manteau,
En pais, dans une bonne ville.
Triboudaine et triboudel !
A quoi bon un tas de richesses
Si on ne les dépense pas honorablement ?
uand je la tiens dans la prairie,
Tout entourée d'arbrisseaux,
Un été dans la verdure,
Quand j'ai oies et gâteaux,
Poissons, tartes et porcelets,
Et du b?uf à la sauce verte,
Et du vin dans le tonneau,
Frais, fort, agréable
A boire par forte chaleur,
J'aime mieux être là que dans un bateau
Sur la mer en grande frayeur.
Triboudaine et triboudel !
J'aime mieux le jeu de la prairie
Que d'être dans un endroit désagréable
Colin Muset
Chanson de jongleur
Milieu du XIIIème siècle
Colin Muset (deuxième tiers du XIIIe) est ménestrel et compose une vingtaine de chansons spirituelles et enjouées, qui s'éloignent souvent de la courtoisie pour faire l'éloge des plaisirs des sens et de l'épicurisme. Précurseur d'une poésie plus personnelle, il se met en scène et se raconte dans ses poèmes. Il y exploite également les possibilités sémantiques de son pseudonyme (petite souris, mais aussi celui qui musarde ou joue de la cornemuse).
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