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28 mars 2007 3 28 /03 /mars /2007 17:11
 

Poème écrit suite à l'éruption du volcan Tambora, en 1815, en Indonésie

 

I had a dream, which was not all a dream.

The bright sun was extinguish'd, and the stars

Did wander darkling in the eternal space,

Rayless, and pathless, and the icy earth

Swung blind and blackening in the moonless air ;

Morn came and went – and came, and brought no day,

And men forgot their passions in the dread

Of this their desolation ; and all hearts

Were chill'd into a selfish prayer for light :

And they did live by watchfires – and the thrones,

The palaces of crowned kings – the huts,

The habitations of all things which dwell,

Were burnt for beacons ; cities were consum'd,

And men were gather'd round their blazing homes

To look once more into each other's face ;

Happy were those who dwelt within the eye

Of the volcanos, and their mountain-torch :

A fearful hope was all the world contain'd ;

Forests were set on fire – but hour by hour

They fell and faded – and the crackling trunks

Extinguish'd with a crash – and all was black.

The brows of men by the despairing light

Wore an unearthly aspect, as by fits

The flashes fell upon them ; some lay down

And hid their eyes and wept ; and some did rest

Their chins upon their clenched hands, and smil'd ;

And others hurried to and fro, and fed

Their funeral piles with fuel, and look'd up

With mad disquietude on the dull sky,

The pall of a past world ; and then again

With curses cast them down upon the dust,

And gnash'd their teeth and howl'd : the wild birds shriek'd

And, terrified, did flutter on the ground,

And flap their useless wings ; the wildest brutes

Came tame and tremulous ; and vipers crawl'd

And twin'd themselves among the multitude,

Hissing, but stingless – they were slain for food.

And War, which for a moment was no more,

Did glut himself again : a meal was bought

With blood, and each sate sullenly apart

Gorging himself in gloom : no love was left ;

All earth was but one thought – and that was death

Immediate and inglorious ; and the pang

Of famine fed upon all entrails – men

Died, and their bones were tombless as their flesh ;

The meagre by the meagre were devour'd,

Even dogs assail'd their masters, all save one,

And he was faithful to a corse, and kept

The birds and beasts and famish'd men at bay,

Till hunger clung them, or the dropping dead

Lur'd their lank jaws ; himself sought out no food,

But with a piteous and perpetual moan,

And a quick desolate cry, licking the hand

Which answer'd not with a caress – he died.

The crowd was famish'd by degrees ; but two

Of an enormous city did survive,

And they were enemies : they met beside

The dying embers of an altar-place

Where had been heap'd a mass of holy things

For an unholy usage ; they rak'd up,

And shivering scrap'd with their cold skeleton hands

The feeble ashes, and their feeble breath

Blew for a little life, and made a flame

Which was a mockery ; then they lifted up

Their eyes as it grew lighter, and beheld

Each other's aspects – saw, and shriek'd, and died –

Even of their mutual hideousness they died,

Unknowing who he was upon whose brow

Famine had written Fiend. The world was void,

The populous and the powerful was a lump,

Seasonless, herbless, treeless, manless, lifeless –

A lump of death – a chaos of hard clay.

The rivers, lakes and ocean all stood still,

And nothing stirr'd within their silent depths ;

Ships sailorless lay rotting on the sea,

And their masts fell down piecemeal : as they dropp'd

They slept on the abyss without a surge –

The waves were dead ; the tides were in their grave,

The moon, their mistress, had expir'd before ;

The winds were wither'd in the stagnant air,

And the clouds perish'd ; Darkness had no need

Of aid from them – She was the Universe.

 

LORD GEORGE BYRON

Diodati, July, 1816

 

Les ténèbres

 

J’eus un rêve qui n’était pas tout à fait un rêve. Le soleil s’était éteint, et les astres privés de lumière erraient au hasard à travers l’immensité de l’espace. La terre glacée et comme aveugle se balançait dans une atmosphère ténébreuse que n’éclairait plus la clarté de la lune. Le matin arriva, s’écoula, revint encore, mais il n’amenait plus le jour.

Dans cette désolation affreuse, les hommes oublièrent leurs passions. Tous les coeurs glacés d’effroi ne soupiraient qu’après la lumière. On allumait de grands feux, et l’on y passait tous ses intants. Les trônes, les palais des rois, les chaumières, les huttes du pauvre, tout fut brûlé pour servir de signaux. Les cités furent consumées, et les habitants, rassemblés autour de leurs demeures enflammées, cherchaient à se regarder encore une fois. Heureux ceux qui vivaient auprès des volcans et des montagnes brûlantes.

Une espérance mêlée de terreur; tel était le sentiment universel. On mit le feu aux forêts; mais d’heure en heure elles se réduisaient en cendres. Les troncs d’arbres tombaient avec un dernier craquement, s’éteignaient et tout rentrait dans une obscurité profonde. Le front des humains éclairé par ces flammes mourantes avait un aspect étrange. Les uns étaient prosternés, cachaient leurs yeux et répandaient des pleurs; les autres reposaient leurs têtes sur les mains jointes, et s’efforçaient de sourire; ceux-ci couraient çà et là, cherchant de quoi entretenir leurs bûchers funèbres. Ils regardaient avec une sombre inquiétude le firmament obscurci qui semblait un drap mortuaire jeté sur le cadavre du monde; puis ils se roulaient dans la poussière, grinçaient des dents, blasphémaient et poussaient des hurlements.

Les oiseaux de proie faisaient entendre des cris lugubres, et voltigeaient sur la terre en agitant leurs ailes inutiles. Les bêtes les plus féroces devenaient timides et tremblantes. Les vipères rampaient et s’entrelaçaient au milieu de la foule; elles sifflaient, mais leur venin était sans force; on les tua pour s’en nourrir.

La guerre qui avait un moment cessé, renaquit avec toutes ses horreurs. On acheta sa nourriture avec du sang, et chacun, assis à l’écart, se repaissait de sa proie. L’amour n’existait plus; il n’y avait plus qu’une pensée sur la terre, celle de la mort... et d’une mort prochaine et sans gloire. La faim, de sa dent cruelle, déchirait les entrailles. Les hommes mouraient, et leurs corps gisaient privés de sépulture. Des cadavres ambulants dévoraient les cadavres qui avaient vécu. Les chiens eux-mêmes assaillirent leurs maîtres, un seul excepté qui demeura fidèle au corps du sien et le défendit contre les oiseaux, les animaux et les hommes, jusqu’à ce que la faim les eût fait périr. Il ne chercha pas sa nourriture, mais léchant la main qui ne pouvait plus lui rendre ses caresses, il poussait des cris lamentables et continuels, et il mourut enfin.

La famine fit périr peu à peu tout le genre humain. Deux habitants d’une grande cité survécurent seuls : c’étaient deux ennemis. Ils se rencontrèrent auprès d’un autel sur lequel finissaient de brûler quelques tisons qui avaient consumé une foule d’objets sacrés destinés à un usage profane. Ils agitèrent en frissonnant les cendres chaudes avec leurs mains froides et décharnées; de leur faible souffle, ils essayèrent de ranimer les charbons presque éteints, et produisirent une légère flamme. Cette lueur passagère attira leurs regards, et en levant les yeux, ils aperçurent leurs visages : à cette vue, ils poussèrent un cri et moururent de l’effroi de leur laideur mutuelle, ne sachant lequel des deux la famine avait réduit à l’état d’un spectre.

Le monde n’était plus qu’un grand vide; la réunion des contrées populeuses et florissantes ne fut plus qu’une masse, sans saisons, sans verdure, sans arbres, sans hommes, sans vie, empire de la mort, chaos de la matière. Les rivières, les lacs, l’océan demeurèrent immobiles; rien ne troubla le silence de leurs profondeurs. Les navires sans matelots pourrirent sur la mer; leurs mâts tombèrent en pièces, mais sans faire rejaillir l’onde par leur chute. Les vagues étaient mortes; elles étaient comme ensevelies dans un tombeau; la lune qui les agitait autrefois avait cessé d’être. Les vents s’étaient flétris dans l’air stagnant, les nuages s’étaient évanouis; les ténèbres n’avaient plus besoin de leur secours, elles étaient tout l’univers.

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Published by dominique - dans Byron - Lord George
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